Accompagner la différence. Une visite chez Compagnons de Montréal.

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Je me rends au 6365 de la rue Saint-Vallier. Une bâtisse gigantesque se dresse devant moi. Une église? Une école? Rien de tout cela. Il s’agit en réalité d’un ancien couvent qu’occupaient autrefois les Les Petites Franciscaines de Marie, et qui, depuis 2016, abrite le milieu de vie des 32 résidents de Compagnons de Montréal. C’est dans ce lieu chaleureux que j’ai rencontré Dorian Keller, responsable communication depuis 3 ans pour Compagnons.

La différence intellectuelle

« C’est avant tout un milieu de vie pour les personnes vivant avec une différence intellectuelle. On travaille officiellement pour la déficience intellectuelle et le trouble du spectre de l’autisme. (…) Moi je préfère parler de différence plutôt que de déficience, car ces personnes ont une intelligence à eux, une manière de réfléchir à eux, une façon de voir le monde qui leur est propre et qui vaut la peine qu’on s’y intéresse. Dans notre société actuelle, si on ne « fitte » pas dans le moule, c’est difficile d’arriver à y vivre. (…) »

Dorian m’explique qu’arrivées à leur majorité, la plupart des personnes vivant avec une différence intellectuelle sont livrées à elles-mêmes et se retrouvent sans ressources, la plupart du temps. C’est à ce moment-là que Compagnons prend le relai.

« On développe ici toutes les sphères de la vie des personnes. On vise à développer cette capacité de pouvoir s’occuper de soi sans supervision. Pour les personnes aptes. »

 

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Dans cette bâtisse, 32 résidents sont hébergés 24h sur 24h et participent au développement de leur identité. Les solutions d’hébergement sont adaptées à chaque personne. Certaines ont besoin d’un accompagnement sur la routine quotidienne, l’hygiène, le linge, etc. D’autres non. Tous ont une chambre individuelle. Il y en a même un (le bachelor) pour les personnes en voie d’autonomie, celles qui sont prêtes à vivres seules. Des espaces communs permettent de favoriser les interactions sociales (cuisine, salle à manger, salon…).

Ici, pas de couvre-feu, c’est un lieu de vie, avant tout.

« Le problème de la déficience intellectuelle, c’est qu’on a souvent tendance à infantiliser les personnes. On a tendance à penser qu’elles n’ont pas d’interêt, de désirs propres, comme des désirs sexuels. Il y a énormément de clichés et de tabous qui sont entretenus par la société. Nous essayons de les contrecarrer.  »

L’autonomie, à Compagnons, cela passe aussi par l’emploi. Le programme PAAS-Action (Programme d’aide et d’accompagnement social) permet aux personnes de bénéficier d’une expérience professionnelle qui leur permettra par la suite, de travailler. Un programme qui a d’ailleurs fait ses preuves, car récemment un autre bénéficiaire a trouvé un emploi suite à son expérience chez Compagnons.

« Dès qu’il y a une capacité quelque part, on essaye de la développer. »

De la discothèque au laboratoire informatique…

Difficile de résumer toutes les activités offertes par les Compagnons tellement elles sont nombreuses et diversifiées. Comptoir alimentaire, laboratoire informatique, boutique socio responsable, centre de jour, discothèque, « Le P’tit Journal »…allez constater par vous-même sur leur site web, Compagnons regorgent d’innovations et de projets inspirants.

Voici quelques activités qui ont attiré mon attention.

informatiqueLaboratoire Informatique : il a été créé pour réduire la fracture numérique et briser l’isolement, en d’autres termes, pour que les personnes éloignées de la technologie puissent être en mesure de gérer une adresse courriel, leurs réseaux sociaux, etc. Le but ici est ne pas être exclu des nouveautés technologiques et de pouvoir garder contact avec cette société moderne. Une sensibilisation au bon usage d’Internet est aussi proposée. On se sert d’application ludique pour améliorer son quotidien. (Ergonomie, recherche d’emploi…). (http://www.compagnonsdemtl.com/activites-sociocommunautaires/).

 

21745205_10155867632669617_580929806_oL’Annexe : La « superbe » boutique d’économie sociale et écoresponsable n’emploie que des personnes bénéficiaires du programme PAAS-Actions et des bénévoles. 16 participants font « tourner la boutique ». Un véritable projet d’insertion professionnelle qui permet aux participants de développer leur capacité professionnelle et personnelle. Du tri des vêtements à la décoration en passant par la gestion de l’argent et du service à la clientèle, ce projet encourage les personnes à intégrer le marché de l’emploi en valorisant leur estime et la confiance en soi.

 

discoDiscothèque adaptée : le vendredi soir, de 19h à 22h30 dans le sous-sol de Compagnons, c’est soirée disco! La discothèque accueille en moyenne 200 personnes! Cette soirée, réservée aux personnes vivant avec une DI (Déficience Intellectuelle), est un moment pour favoriser les interactions sociales, les rapprochements et la formation de couple.

« C’est LE moment très attendu dans la semaine. C’est parfois même, la seule possibilité pour eux de socialiser à l’extérieur de leur lieu de résidence.  »

Il y a un minimum d’encadrement, mais l’objectif est encore et toujours, de favoriser l’autonomie.

« Ce sont des adultes et nous les considérons comme tel. Ce n’est pas un service, c’est un loisir. Mais il faut pouvoir gérer des troubles de comportements, des crises. Et gérer l’ennui, parfois, aussi. . »

Le bénévolat chez les Compagnons!

Autant d’activités nécessitent une implication humaine importante. Et évidemment, cela passe aussi par le bénévolat.

«  C’est une cause un peu boudée par le système. Notre cause n’est pas vendeuse, elle n’est pas glamour. Ce sont des gens moqués, qui intéressent peu la communauté. Mais quand tu vis avec eux, c’est extraordinaire! On découvre la patience. Ils sont dans une sphère différente et d’une simplicité rafraichissante. Ça modifie ta façon de penser, ta façon de voir le monde. C’est enrichissant! »

Des bénévoles de Centraide viennent faire du bénévolat régulièrement aux Compagnons. Plusieurs employés d’une même entreprise viennent faire des heures de bénévolat dans l’organisme. L’expérience est enrichissante, dans un sens comme dans l’autre.

«  C’est une expérience très intéressante. Généralement, les bénévoles issus des entreprises sont des personnes éloignées des réalités communautaires. Ce sont des gens qui travaillent dans des banques, des assurances, c’est vraiment une autre planète pour eux. Quand ils arrivent ici, ils découvrent un univers dont ils ignoraient complètement l’existence. Ils ont déjà entendu parler de DI mais ne l’ont jamais côtoyé. Ils arrivent ici et ils sont ultras motivés! Ils ont le cœur sur la main

Dorian a la gentillesse de me faire visiter les locaux, une vraie fourmilière. De la cloche aux dons, en passant par la boutique, aux cuisines… l’ancien couvent grouille de gens et de vie. L’organisation est impecable et bien pensée.

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Nous arrivons à l’atelier de confection de meubles, qui prend vie grâce à Anne-Marie Dion, artiste-« meublière » inspirée et bénévole. Meubles qui seront par la suite, vendus à L’Annexe.

Si vous souhaitez découvrir ce merveilleux travail et rencontrer ces personnes tout aussi merveilleuses, aller faire un tour à la boutique! Elle est ouverte du lundi au samedi, de 10h à 16h30!

 

 

Café et grands sourires garantis!

/// Pour aller plus loin : 
À l’origine (1960), l’organisme a été fondé par l’abbé Roger Roy pour venir en aide aux orphelins du Québec, suite à leur sortie des institutions psychiatriques où ils avaient été placés dès leur plus jeune âge. Plus connue sous le triste nom des orphelins de Duplessis, Compagnons continue, à ce jour, d’accompagner ces personnes dans leur recherche d’emploi, d’hébergement et dans les activités de la vie quotidienne.

Marion Collignon

 

 

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