Covid-19 et bénévolat, comment les 60 ans et + ont vécu l’interruption ?

La crise de la Covid-19 a mis tout le monde sur pause. La majorité des gens se sont retrouvés à la maison, sans projets structurants. Le travail a repris pour certains sous forme de télétravail.  Mais quel a été l’impact de cet arrêt brusque sur les bénévoles de soixante ans et plus? Comment ont-ils vécu cette interruption? Ont-ils pu effectuer leurs tâches à distance? Ont-ils cherché et pu s’impliquer ailleurs? Quelle réflexion en ont-ils tirée? Voici les principaux résultats d’un court sondage réalisé auprès d’une douzaine de personnes qui font activement du bénévolat.

D’abord, précisons que les personnes interrogées sont majoritairement des femmes (un seul homme). Les deux tiers ont entre 60 et 69 ans et les autres ont plus de 70 ans (la doyenne en a même 79).  Le bénévolat exercé par ces personnes avant la COVID était  très varié: rédaction, appels, heure du conte, dîners causerie, préparation de paniers de denrées, ateliers de philosophie avec les enfants, maintien de sites Web, ateliers de conversations pour immigrants  et j’en passe. Bref, les besoins étaient multiples et les intérêts aussi.

1. Avez-vous pu maintenir votre bénévolat pendant le confinement?

La moitié a répondu oui, mais de façon allégée et modifiée : les tâches se sont transformées pour pouvoir être faites de la maison (appels, rencontres virtuelles, travail à l’ordi). L’autre moitié n’a pas pu le faire et s’est retrouvée devant rien.

2. Avez-vous cherché autre chose?

Une petite majorité a répondu oui : inscription sur le site Jebénévole.ca, démarches auprès d’autres organismes. En raison de leur âge peut-être, peu ont participé à des activités sur le terrain. Une personne pense même que sa candidature a pu être écartée en raison de son âge. La majorité de ceux qui ont maintenu certaines activités l’ont fait dans leur milieu habituel, mais d’une autre manière et  très souvent d’une façon allégée.

3. Comment avez-vous vécu la cessation de vos activités bénévoles?

Cette question a majoritairement été ressentie de la même façon par tous. Déception, vide, sentiment d’inutilité, perte de stimulation et de contacts sociaux, etc., sont les réponses qui sont revenues le plus souvent. Une répondante s’est sentie inquiète et déçue pour les personnes qu’elle aidait auparavant ils avaient besoin de moi!. Une autre a même parlé carrément de deuil et de désœuvrement. Seules les personnes qui ont pu maintenir, et parfois même augmenter leur bénévolat (c’est arrivé!), ont échappé à ces sentiments.

4. Que vous a fait réaliser la pandémie à propos de votre bénévolat?

Le bénévolat est très important. Il donne un puissant sentiment d’être utile, assure un équilibre entre les activités personnelles et le besoin d’une vie et d’une implication sociale. Certains ont même souligné combien c’était vital pour eux de redonner à la société, de mettre leurs compétences au service des autres, de pouvoir développer un sentiment d’appartenance à une communauté, ce que la retraite leur avait fait perdre.

Quelques-uns se sont dits cependant déçus d’avoir « été mis de côté en raison de leur âge« , puisqu’il n’était pas permis aux plus âgés de s’impliquer dans des banques alimentaires ou autres activités « en présence« . Ce sentiment d’être étiqueté « vieux » en a touché plusieurs.

5. Reprendrez-vous vos activités après?

Tous ont répondu oui sans hésitation, au même rythme qu’auparavant.

6. Quelles conclusions tirer?

Évidemment, le nombre de personnes consultées étant restreint, les conclusions qui suivent sont indicatives seulement.

Primo, tous disent vouloir continuer à s’impliquer après, parce que cela leur fait goûter au « bonheur » de se sentir utile.

Secundo, c’est le sentiment d’inutilité qu’ont vécu la plupart des gens interviewés et la déstabilisation qu’il a apportée dans leur vie qui m’a le plus frappée. Or, le besoin d’être utile est une composante très importante du bien-être chez les personnes âgées, même celles qui vivent en CHSLD. En effet, selon une étude de la Fondation Korian pour le bien vieillir, le sentiment d’inutilité « paraît directement lié à l’impossibilité: « ne pas pouvoir » » et débouche souvent sur une diminution de l’envie de vivre. Se sentir utile permet de s’épanouir, d’avoir des projets, de rester vivant. C’est là le message qu’on doit répéter pour convaincre les gens d’apporter socialement leur concours aux autres.

Tertio, c’est le constat de notre interdépendance. Se sentir isolée, ne pas pouvoir aider n’est pas très bon pour personne et le moral risque d’en souffrir. Nous avons besoin des autres !


Source : Danielle Perreault, Fondation Korian pour le bien vieillir

Crédit : Mohamed Hassan

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