La Maison Grise : venir en aide aux femmes précarisées en temps de pandémie

Dans le cadre de notre série «Covid-19, les organismes s’adaptent» (lisez les épisodes 1, 2 et 3) notre rédactrice Sylvie Beaulieu s’est entretenue avec La Maison grise de Montréal.

La Maison grise toujours fidèle au poste

La Maison grise (LMG), à Rosemont, est une maison d’hébergement qui vient en aide aux femmes victimes de violence et en difficulté (problèmes de tous types incluant ceux de santé mentale). En cette période de pandémie, sa présence et sa mission sont plus essentielles que jamais. L’état de précarité de ces femmes y est en effet souvent aggravé par le fait qu’elles deviennent souvent des victimes silencieuses, cachées. Pour limiter les risques de propagation du virus tout en continuant à offrir ses services, LMG a dû s’adapter…et faire preuve de créativité!

Agir vite sur les deux fronts de La Maison grise : les services externes

Dès le début de la pandémie, LMG a téléphoné à chacune des femmes bénéficiaires, passées et actuelles, de ses services, pour vérifier comment elles allaient et si elles avaient besoin d’aide. Le nombre d’appels de suivi clinique (713 au total) a ainsi augmenté de 500% par rapport à la même période en 2019. Cela a permis aux intervenantes d’identifier rapidement les personnes à risque et de leur offrir aussitôt le soutien nécessaire. Car certaines vivent avec beaucoup d’anxiété le contexte actuel, s’empêchant même de sortir de leur logement de peur d’être contaminées. S’en suivent un isolement et une détresse immenses, qui font naître parfois des pensées suicidaires. D’où la volonté pour LMG de maintenir un contact continu avec ces femmes fragilisées.

une rencontre entre une intervenante et une femme de La Maison grise

En temps normal, LMG offre (pendant 12 semaines) des ateliers de « mise en action » durant lesquels les femmes apprennent à maîtriser des outils pour les aider à faire face à leurs difficultés. Elles bénéficient aussi de groupes de soutien qui leur permettent de consolider les acquis et leur autonomie. Avec la pandémie, tous ces services de soutien sont désormais offerts en ligne. Ce qui a nécessité une certaine adaptation de part et d’autre! Mais on prévoit qu’à l’automne prochain certains seront offerts en présentiel, selon les règles sanitaires imposées.

…et l’hébergement

LMG héberge les femmes en difficulté dans quelque 16 petits studios autonomes (avec, selon le cas, leur enfant de moins de 2 ans), attenants aux aires communes. Des mesures sanitaires spéciales ont dû être adoptées pour protéger les résidantes contre une éventuelle contamination. Les intervenantes continuent ainsi à être présentes et accessibles 24 h sur 24, via intercom, le téléphone ou en présentiel.

Une aide bénévole des plus précieuses

Durant les premiers temps de la pandémie, les bénévoles se sont chargés du transport, jour après jour, de deux intervenantes habitant loin de LMG et qui ne pouvaient plus, de façon sécuritaire, prendre les transports en commun après leurs quarts de soir. Il faut préciser que la pandémie a mis fin à « l’économie de la rue » qui permettait aux personnes aux prises avec des problème de consommation de quêter pour leur subsistance ou de recourir aux services d’urgence des organismes communautaires. Ces dernières se sont retrouvées en « sevrage forcé » et sans le sou, ce qui a parfois engendré de la violence dans la rue et dans le métro.

 En trois mois, soit jusqu’à la fin de la période de confinement en juin, ces bénévoles auront ainsi offert quelque 150 heures de leur temps et parcouru 800 km!

Une expertise reconnue dans le milieu de la santé

En s’associant à l’Institut universitaire en santé mentale, LMG a développé, au fil des ans, une expertise reconnue dans le traitement du TAC (trouble d’accumulation compulsive). Cette problématique peu connue pousse les personnes qui en sont atteintes à accumuler de façon abusive des objets de toutes sortes, ce qui rend le milieu de vie parfois non fonctionnel. Ce trouble touche 4% de la population et condamne à beaucoup d’isolement et de souffrance en plus de mener parfois à l’itinérance. 

LMG a développé,une expertise reconnue dans le traitement du trouble d’accumulation compulsive

Les femmes qui sont hébergées à LMG doivent payer un loyer, avoir si possible un emploi et effectuer des tâches communes. Elles doivent aussi se soumettre à un code de vie et à des règlements visant à favoriser le bien vivre ensemble. Ceci afin de les aider à atteindre une réinsertion sociale durable.

LMG a été fondée en 1990 par la congrégation des Sœurs Grises. Drôle d’année pour fêter ses 30 ans d’existence! Elle prévoit ouvrir une deuxième maison pour répondre à la demande. En espérant que la pandémie ne l’obligera pas à reporter ses projets…  

La Maison Grise en bref
– 16 studios d’hébergement
– clientèle hébergée surtout âgée entre 18 et 40 ans
– clientèle bénéficiant des services externes surtout âgée entre 18 et 60 ans
– clientèle hébergée issue à 50% de l’immigration
– durée moyenne des séjours : 1 an
– une vingtaine d’employés (travailleuses sociales, sexologue, etc.)  

Services externes offerts depuis le début de la pandémie : entre mars et juin 2019 : 201 femmes bénéficiaires; en 2020, durant la même période : 280, soit une augmentation de près de 40%  

Crédit photo et source : La Maison grise

Laisser un commentaire