Dans la Joie : les jeux contagieux de Robert

Si vous êtes passé dans Hochelaga près du viaduc sur Rouen dans le temps de l’Halloween, vous avez probablement remarqué la maison aux décorations flamboyantes à thématique de personnages populaires : de Tintin en passant par Astérix, les Simpsons, le Petit Prince et les superhéros, chaque année est une nouvelle surprise.

J’ai eu le plaisir de rencontrer Robert Fisette, l’homme derrière ces décors surprenants, et de découvrir un projet vraiment pas comme les autres.

Dans la joie : le début

Tout a commencé durant d’une fête de Noël à Leucan, en 1990. Robert remarque que l’attente dans la file pour le père Noël était très longue. C’est alors qu’il pense à fabriquer des jeux d’adresse pour occuper les 350 enfants de l’événement – une idée qui s’est avérée un succès lors des fêtes de Noël suivantes pendant une décennie, au plus grand bonheur de tous.

Robert
D’où est venue l’inspiration pour les jeux d’adresse? Le père de quatre enfants c’est inspiré de son enfance. «Tout le monde se souvient des kermesses de quand on était petit, et quand tu gagnes quelque chose, tu t’en souviens toujours.»

Après la fête de Leucan, le concept de Robert n’a pas tardé à voyager. Au fil des années et avec le bouche-à-oreille, le message s’est dit, et les jeux de Robert ont émigré vers des événements où, toujours sous le soin de bénévoles animateurs, ils animent des parcs – notamment le parc Lafontaine et le parc Laurier.

Là où je m’installe, il y a comme une joie et une paix, et il y a du respect. Ça se fait tout seul. Tu ne pousses pas l’autre – on dirait que les jeunes le savent.

Avec le soutien de la table de concertation de Saint-Léonard, c’est dans des logements situés à un endroit avec un grand besoin de revitalisation que les jeux ont commencé à prendre un tournant.

Des jeux contre la délinquance

Le Domaine Renaissance, un complexe résidentiel récemment démoli qui comportait plus de 300 logements familiaux où habitaient de 3 à 4 enfants par famille, était situé dans un coin où les activités destinées aux jeunes étaient pratiquement inexistantes. L’été, Robert y emmène ses jeux pour des activités deux fois par semaine.

 Quand on arrivait, ça sonnait à toutes les portes et ça courrait partout!

Le manque de loisirs et d’occupations pour les enfants du secteur étant un facteur de risque de délinquance, les jeux de Robert représentent un soulagement pour la communauté. Les appels et les interventions de la police se font plus rares lorsque les enfants sont occupés à s’amuser – au grand bonheur des intervenants, et des parents.

Ça se voit dans leurs yeux. Les parents aiment ça, savoir que leurs enfants ont du plaisir – ils ne savent pas quoi faire avec eux, le soir à Anjou, avant le souper.

jeux de Robert
Robert fabrique ses personnages et ses jeux à l’aide de matériel réutilisé, dont des pancartes en coroplaste. Jeux de poches, allée de quilles, cerceaux, minigolf – les grands classiques indémodables sont de la partie.

Le mot circule jusqu’à des professeurs, et les jeux atterrissent dans les fêtes d’enfant de plusieurs écoles. S’accrochant facilement aux clôtures des cours de récréation, les personnages familiers aux enfants transforment un environnement ordinaire en ambiance de fête.

Les cours d’école, c’était désagréable… c’était tough, il n’y avait jamais de joie. Je détestais ça, et c’est ma vengeance d’y emmener de la joie.

Le succès des jeux de Robert a continué à se transmettre de bouche à oreille, et on les retrouve bientôt dans plusieurs événements d’organismes tels que GCC La Violence, la Maison Petits Pas, et même pour des ateliers de prévention à vélo donnés par le SPVM.

Bob l'éponge
Robert choisit des personnages ludiques auxquels les jeunes peuvent s’identifier, tels que Bob L’Éponge. Lorsqu’une balle frappe une dent, celle-ci s’arrache. « Les jeunes peuvent jouer pendant des heures à lui péter les dents. »

De la joie pour contrer l’isolement

Les enfants ne sont pas les seuls à avoir profité des jeux de kermesse de Robert. En effet, des personnes aînées vivant en résidence se sont également bien amusées.

Ils étaient pires que les enfants ! Ils se tassaient pour pouvoir jouer.

Pour les personnes aînées vivant dans des résidences éloignées dans le quartier Saint-Léonard, le sentiment d’isolement est bien réel. Celles qui ne possèdent pas de voiture sortent très peu. Les activités telles que les jeux de Robert leur donnent une occasion de tisser des liens avec leur entourage.

Les jeux ont également servi dans des communautés avec de nombreux nouveaux arrivants, ce qui a permis au voisinage de se rencontrer.

Ils ont commencé à se parler entre eux. Il y en avait, des enfants et des adultes… et tout le monde étaient mélangé ensemble!

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Les jeux lors d’une Fête des Neiges.

Les souhaits de Robert

Lorsqu’on lui demande comment il voit le futur du projet Dans la joie et de ses jeux d’adresse, Robert mentionne la possibilité d’aller dans d’autres quartiers.

Mon souhait serait de le donner dans les quartiers plus défavorisés comme Côte-des-Neiges et Montréal-Nord. J’ai une fille qui enseigne à Montréal-Nord, et durant l’été elle s’est promenée, et elle a vu que les jeunes n’ont absolument rien à faire. Ça m’a fait de la peine d’entendre ça. Ils ont pratiquement hâte que l’école recommence.

Il souhaite également former des jeunes afin que le projet grandisse.

Ça serait aussi de travailler avec les adolescents, de former des animateurs et de fabriquer des jeux et des personnages. J’ai la technique pour faire ça simplement.

Finalement, qu’est-ce qui fait le succès des jeux chez les petits et grands?

Il y a une citation qui dit que dans chaque adulte, il y a un enfant qui veut jouer. Tout le monde cherche la même affaire. Tout ce qu’on fait, c’est pour la joie – trouver du travail, un logement, un salaire, faire un souper… tout ça, c’est pour apporter une joie quelconque. Dans le fond, c’est tellement simple.

Pour avoir plus de détails au sujet de Dans la Joie : 514-961-2145

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