En suivant sa passion, il la transmet à d’autres

Un après-midi de juillet, dans sa cour à Anjou, Jean-Pierre Auclair conte son expérience de bénévolat au Service d’aide communautaire (SAC Ajou) du quartier. L’ex-facteur travaille depuis huit ans comme photographe et professeur de photographie au SAC Anjou dont la mission est de sortir les gens de l’isolement. Il trouve que le préjugé le plus répandu à l’égard du bénévolat consiste en l’idée que ce dernier rend service seulement aux personnes les plus vulnérables. Au SAC Anjou, il y a La Soupière qui offre des repas rencontres, les ateliers de francisation, les groupes d’alphabétisation, les cours d’informatique, le club de marche, le club de lecture, etc. Plus qu’un simple refuge pour personnes dans le besoin, le centre correspond à un lieu d’intégration socioculturelle.

« Le SAC Anjou est un lieu qui unit des gens de tous les milieux de la communauté d’Anjou dans une multitudes de services. »

En évoquant ces horizons divers, Jean-Pierre fait référence aux multiples générations, statuts socioéconomiques et bagages ethnoculturels qu’il voit se mêler au centre. Il définit celui-ci comme un point de rencontre où chacun se retrouve sur un pied d’égalité avec les autres. Des liens qui ne se créent pas habituellement se tissent de manière « accidentelle » au SAC.

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Les bénévoles de la Soupière du SAC Anjou posent devant la caméra de Jean-Pierre.

Observateur de nature

Facteur de profession et adepte d’ornithologie, Jean-Pierre n’était pas habitué d’être au centre de l’attention jusqu’à ce qu’on lui assigne la tâche d’enseigner la photographie. Il a commencé par assister le formateur de correction photo, puis les responsabilités concernant l’enseignement de la photo se sont accumulées entre ses mains, lui que la perspective de parler devant un groupe gênait au départ. Il s’est d’ailleurs dit « Qu’est-ce que j’ai fait là? » lorsqu’il a accepté de donner son premier cours. Il s’est découvert néanmoins, au-delà de sa personnalité naturellement observatrice, une capacité d’agir auprès des autres et d’influencer leur vie de façon stimulante pour lui.

« Quand je vois le plaisir d’apprendre et la satisfaction des gens qui suivent les formations que je donne, je suis très heureux d’y contribuer. »

S’il devait lancer un conseil aux gens qui cherchent des expériences de bénévolat enrichissantes, ce serait de les faire correspondre à leurs passions. C’est l’amour de la photo, cet art appris en autodidacte, qui a porté Jean-Pierre à s’investir au SAC Anjou.

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Le club de marche du SAC Anjou photographié en pleine action par Jean-Pierre

Rester aux aguets

Jean-Pierre constate que, malheureusement, trop de personnes détournent le regard et oublient les gens autour d’eux quand ceux-ci vont mal. Qu’il faille remarquer les personnes dans le besoin près de soi et leur apporter de l’aide lui semble implicite. Il ajoute que les résidents d’Anjou sont chanceux d’avoir plusieurs services communautaires dans leur quartier, notamment le SAC Anjou. Jean-Pierre prône donc d’ouvrir les yeux sur les personnes qui nous entourent. Se syntoniser à son environnement sauve des vies. Jean-Pierre cite en contrexemple les gouvernements sourds à la situation invivable de nombreux migrants. En lisant les mémoires de guerre du premier ministre anglais Winston Churchill, il est effrayé par les ressemblances qu’il relève entre la période précédant la Seconde Guerre mondiale et la situation politique actuelle marquée par l’intolérance. Jean-Pierre craint pour le monde dans lequel sa petite-fille de 4 ans va vivre tellement certains acteurs refusent de se mettre à l’écoute, d’où l’importance accrue de bâtir des ponts entre les humains dans des endroits comme le SAC Anjou.

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Jean-Pierre aime photographier les oiseaux.

Le bénévolat, un phénomène utile qui ne s’épuise pas

Entre autres aspects du bénévolat qu’il considère utile, Jean-Pierre mentionne le désengorgement du système public – « Si le bénévolat n’existait pas, une multitude de services publics et sociaux ne fonctionneraient pas ou seraient encore plus débordés qu’ils ne le sont. » – et la possibilité qu’ont les gens de réaliser des rêves grâce au milieu communautaire.

« Certains individus ont un rêve atteignable qu’ils n’ont jamais osé réaliser, mais ils en auront l’occasion si tu les approches et que tu leur donnes les programmes adéquats. »

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Jean-Pierre Auclair

Celui qui, pour sa part, se voyait pilote se trouve chanceux d’avoir vu fleurir des passions dans ses salles de cours, notamment lorsque certains se sont équipés de matériel photographique supérieur à la base demandée dans le club photo. D’autres se sont réinscrits à ses cours après une première session. Content d’avoir pu rencontrer des bénévoles et d’autres personnes formidables au SAC Anjou jusqu’à maintenant, Jean-Pierre parle du phénomène du bénévolat avec espoir.

« Tant qu’il y aura des personnes prêtes à s’impliquer, le milieu communautaire se portera bien et mieux. »

Ceux qui voient du chacun-pour-soi partout peuvent donc aller se rhabiller… tant qu’on suit le conseil du photographe, c’est-à-dire qu’on garde les yeux ouverts et qu’on tend la main au suivant.

par François Latendresse

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