Livrer des repas avec les Popotes Roulantes

Un chauffeur, un baladeur, une voiture, des énormes sacs isothermes, autant de ressources pour livrer des repas tout au long de l’année. L’Association des Popotes Roulantes de Montréal Métropolitain (APRMM), avec sa vingtaine de bénévoles et ses 8 employés, distribuent environ 1 000 repas par semaine. 

9h30, dans l’entrée d’une maison de brique rouge rue Saint-Jaques dans Montréal. Abdoullah, cheveux noirs, lunettes, veste et chaussures confortables, se retourne pour sortir. Mais Muriel, sourire avenant aux lèvres apparaît à ses côtés et lui parle. Elle remarque une quinquagénaire sur le trottoir, face à la porte d’entrée.

Le départ de la tournée

« Bonjour, je suis Leila, la bénévole pour aider à livrer les repas, » lance la femme au manteau rouge.

Muriel, l’adjointe à la direction, l’accueille chaleureusement et lui présente Abdoullah .

« Vous allez monter dans la voiture d’Abdoullah. Il est le chauffeur. Vous êtes la baladeuse. Vous allez livrer à leur domicile, les repas commandés par nos clients, » annonce Muriel.

Abdoullah charge le coffre de gros sacs isothermes en forme de malle. Il fait bien attention pour les fermer correctement. D’abord il souhaite garder les repas au chaud. Ensuite si les malles souples sont mal fermées elles s’abîment. 

Intriguée, Leila remarque dans le coffre des boîtes en cartons.

Les repas des Popotes Roulantes

« Ceux sont les repas congelés. Parfois nos clients commandent un repas chaud et des congelés. Certains ne commandent que des congelés, » précise Abdoullah en consultant sa feuille de route.

Il rentre les coordonnées du premier client sur le GPS de sa voiture.

Une petite malle rouge et une malle bleue occupent un siège arrière. Leila installée sur le siège voisin, soulève de quelques centimètres le couvercle de la grosse malle bleue.

Surprise, elle ne voit qu’une grande plaque en plastique épais. Elle referme vite le couvercle de la malle. Sa curiosité l’emporte, elle se penche sur la malle et l’ouvre. Elle découvre 5 plats chauds en aluminium. En dessous, d’autres plaques, d’autres plats : en tout 2 étages.

« Prenez la fiche dans la malle rouge, c’est notre feuille de route. Certains clients sont diabétiques, ils ont un menu particulier. Il faudra leur donner les plats marqués Spécial. Dans mon secteur, il faut livrer entre 10 et 20 repas par jour, mais je passe beaucoup de temps en voiture, entre le trafic, les travaux, les nouveaux sens uniques. Il faut bien connaître le quartier, » lui dit Abdoullah en la regardant dans le rétroviseur. 

Pendant 30 mn, ils roulent en bavardant.

Le chauffeur Abdoullah

Il y a 20 ans, Abdoullah est arrivé à Montréal pour étudier à l’Université Concordia. Puis, ingénieur en génie électrique, il travaillait en Alberta. Ensuite, il est revenu à Montréal où il apprécie vivre avec sa femme et sa fille de 10 ans.  Aujourd’hui il travaille pour les Popotes Roulantes 2 matinées par semaine de 9h30  à 13h. Le reste du temps, il est à son compte comme informaticien.

« Je n’aime pas rester à la maison à ne rien faire. Et puis, je me sens utile en livrant des repas. Souvent nos clients sont des personnes âgées. Elles ont du mal à se déplacer ou à faire la cuisine. Grâce à nous, elles peuvent manger de bon repas sains pour leur santé, » explique Abdullah.

Il fait un premier arrêt dans un grand parking derrière un CSLC. Il prend son téléphone, consulte la feuille de route et compose un numéro : « Bonjour, C’est les Popotes Roulantes, nous sommes arrivés…. D’accord on vous attend. » 

Quelques minutes plus tard, deux femmes souriantes poussent un chariot par une porte de service. Pendant les salutations, Abdoullah sort du coffre 2 grosses malles bleues et deux plus petits rouges. Il les dépose sur le chariot. Ces dames vérifient le chargement et le valide. Après les salutations d’usage, Abdullah et Leila repartent sur la route.

Avant d’arriver chez le client suivant, ils vérifient le type de menu à livrer : normal ou spécial.

L’arrivée chez le bénéficiaire des Popotes Roulantes

Leila se désinfecte les mains et ouvre la malle rouge. Elle y prend un sac en plastique blanc et un petit gâteau, le dessert d’aujourd’hui. Elle met aussi dans le sac un plat chaud et une soupe chaude.

Après avoir vérifié qu’elle pouvait sortir en toute sécurité (vélo, piétons, voitures, etc.), Leila descend de la voiture. Elle monte les escaliers pour sonner à la porte du client. Debout, il l’attend dans son entrée.  

« Bonjour Monsieur, Comment allez-vous aujourd’hui ? » demande Leila en déposant le sac sur une chaise.

«  Ça va bien. Mais je n’ai pas très faim en ce moment. Vous direz aux Popotes d’arrêter les livraisons jusqu’à ce que je les rappelle, » répond-t-il.

«Très bien, ce sera transmis » assure Leila.

Elle rejoint ensuite Abdoullah à sa voiture. Ils sont prêts pour le client suivant.

Encore 15 mn de voiture. Le chauffeur se concentre sur la route car la circulation est dense. Leila lit attentivement la feuille de route. Le prochain repas est noté « spécial ». Elle devra mettre dans le sac une soupe, un plat chaud marqué « spécial » et une compote.

La tournée continue. Abdoullah explique : « Certains clients veulent discuter un peu. D’autres préfèrent juste prendre leur repas rapidement. Je m’assure que la personne est bien présente et peut se déplacer. Normalement il n’y a pas besoin de rentrer chez eux. »

Muriel, adjointe à la direction et service client, nomme ces quelques minutes « Petit œil bienveillant du jour. Si vous constatez une anomalie, appelez-moi. Je me ferais un plaisir de référer la personne aux services adéquats. »

Le retour aux Popotes Roulantes

13h, le chauffeur Abdoullah et la baladeuse Leila sont de retour aux Popotes Roulantes.

Ils déposent les malles isothermes correctement fermées dans la salle de réunion. Elles seront désinfectées plus tard. Abdoullah  fait un compte rendu de la tournée à Muriel. Il signale le client qui pour l’instant ne veut plus de repas. 

Muriel fait goûter à Leila le plat livré toute la matinée : un bœuf aigre-doux avec du riz. À la fin du repas, l’assiette est si vide qu’on la croirait propre. Leila a bien mangé et a la peau du ventre bien tendue. Hé oui les repas livrés sont faits sur place. Jessica la cuisinière des Popotes Roulantes de Montréal Métropolitain fait des merveilles avec ses budgets et les contraintes diététiques de ses clients !

Pour devenir chauffeur ou baladeur 

Remarque : en ces temps de COVID, tous les protagonistes étaient masqués ce jour-là.

Crédits Photos : APRMM

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