Un souvenir de bénévolat #5

Voici le 5e article de notre série sur les souvenirs de bénévolat. 

Etre bénévole à Tel-Aide, c’est être à l’école de la vie

Lorsqu’on m’a proposé de témoigner d’une expérience marquante de bénévolat, je n’ai pas hésité longtemps avant de faire mon choix : mon engagement auprès de Tel-Aide. Cet organisme offre, via ses bénévoles, de l’écoute active téléphonique, 24 heures sur 24,  à qui désire confier un mal de vivre, une souffrance, une émotion, passagers ou non. Quand j’ai décidé d’y œuvrer, il y a de cela cinq ans, je ne pensais pas que cette expérience de vie serait source de tant de lumière et d’espérance…

Une formation des plus enrichissantes…

Tout aspirant-bénévole pour Tel-Aide suit une formation en écoute active de quelque 35 heures réparties sur plusieurs jours. Elle est dispensée par des bénévoles de l’organisme, visiblement habités par leur mission. Qu’est-ce que l’écoute active ? C’est une écoute attentive de l’autre, qui se veut sans jugement, respectueuse, sans a priori, quel que soit les propos entendus. Il ne s’agit pas ici de conseiller ou de donner un avis : simplement d’écouter et d’accueillir. Pour laisser à l’appelant l’espace et la liberté nécessaires pour s’exprimer, sans peur d’être rejeté. 

Savoir écouter. toute une liberté

Cette formation, je m’en suis rendu compte par la suite, a été pour moi un véritable cadeau : utile, bénéfique et transférable dans toutes les sphères de ma vie : mes relations familiales, humaines, mon travail, etc.  J’en ai retenu un précieux conseil : essayer (du mieux possible) de ne pas juger autrui, car on ne sait jamais ce qui est à l’origine d’un comportement ou d’une opinion qui nous heurtent ou nous dérangent… Cela ne veut pas dire excuser ou justifier, mais bien plutôt comprendre.

Même à Tel-Aide, on rit…  

Forte de cette boîte à outils que constituait ma nouvelle formation, j’ai donc fait de l’écoute active pendant quelques années, dans un petit local accueillant six bénévoles en même temps (joignables partout au Québec !), et divisé en deux sections, francophone et anglophone.  Nous devions être au téléphone pendant quatre heures d’affilée (avec des pauses si besoin) et être à l’écoute de chaque appelant pour une durée ne devant pas, idéalement, dépasser la trentaine de minutes.  

Bien sûr, les appels ont souvent eu une saveur dramatique. On appelle rarement Tel-Aide pour dire que cela va bien, quoique…ça arrive! Mais les appels se terminaient le plus souvent sur une note beaucoup plus légère, voire parfois, avec une pointe d’humour ou d’amusement. Car de confier, même à un inconnu, ce qui nous préoccupe et nous fait souffrir fait du bien, allège le fardeau, permet d’y voir plus clair, de porter un regard plus positif sur sa vie et de l’aborder sous un autre angle, plus optimiste. 

Se basant sur le principe de l’anonymat et de la confidentialité, l’écoute active n’autorise pas l’instauration d’une relation amicale entre l’appelant et l’écoutant.  Mais elle n’en est pas moins basée sur la confiance et un partage sincère !  

L’écoute active : un cadeau bidirectionnel

On m’a souvent dit que ça devait être lourd et déprimant d’écouter pendant des heures des personnes exposer avec moult détails, leur mal de vivre, passager ou non ! Il n’en était rien ! Bien au contraire. Habituellement, je faisais de l’écoute de 7h à 11h du matin. Quand je sortais du local, je me sentais étonnamment énergisée, enrichie sur le plan humain. De sentir les appelants apaisés, consolés, plus confiants face à la vie à la fin des appels me faisait, à moi aussi, le plus grand bien. Plus : ça me donnait des ailes. Quoi de plus valorisant et gratifiant que ce sentiment d’aider autrui à poursuivre sa route, même rocailleuse…et cela, simplement en étant à l’autre bout du fil! 

Se sentir écouter.

J’ai cessé, après quelque temps, d’œuvrer pour Tel-Aide. La vie m’a amenée ailleurs. Mais jamais je n’oublierai ce que ce type de bénévolat m’a appris et apporté. Il a fait de moi, je crois, un être plus ouvert. Il m’a fait sortir de ma zone de confort, ouvrir une fenêtre sur la société, dans toute sa beauté, son humanité et sa complexité.  Tel-Aide est à l’écoute de tous, quel que soit l’âge, le sexe, l’éducation, le quartier, le passé, le mal de vivre. Pour aider la lumière à se frayer un chemin…dans toutes les vies ! 

Car comme le disait si bien Léonard Cohen : 

«There is a crack in everything

That’s how the light gets in».

Un souvenir de bénévolat #1

Un souvenir de bénévolat #2

Un souvenir de bénévolat #3

Un souvenir de bénévolat #4

Crédits : DreamyArt, jplenio

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